Croquettes chien insectes

Croquettes pour chien aux insectes : révolution ou déception ?

Par Alexandre Ho-Pun-Cheung
AlexDocteur (Ph.D.) en biologie-santé, Alexandre Ho-Pun-Cheung a travaillé pendant 17 ans dans le monde de la recherche médicale. Il est maintenant le responsable éditorial de canipedia.fr.

Si vous êtes allé sur les réseaux sociaux récemment, vous avez certainement dû voir passer des pubs vantant les mérites des croquettes pour chien aux insectes. Généralement, le marketing s’empare de la cause écologique, et avance que l’élevage des mouches, des vers ou des criquets a une empreinte carbone beaucoup plus faible que la production de viande traditionnelle. Pour autant, peut-on vraiment en conclure que nourrir son chien avec des insectes, cela contribue à préserver la planète ? Et a-t-on du recul sur l’intérêt nutritionnel et les éventuels risques d’une telle pratique ?

A première vue, les croquettes pour chien aux insectes peuvent sembler rebutantes, voire inadaptées pour nos amis canins. Pourtant, depuis 2013, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture milite en faveur de l’entomophagie – la consommation d’insectes – pour les animaux de compagnie. Et depuis 2017, le règlement 2017/893 de la commission européenne autorise la production de protéines dérivées d’insectes pour l’alimentation animale.

L’objectif est de proposer une solution aux problèmes environnementaux liés aux sources de protéines animales conventionnelles, comme la viande ou le poisson. Pourtant, de nombreux spécialistes considèrent que, dans le cas de la nourriture pour chien, l’enjeu est limité.

Les croquettes pour chien aux insectes sont-elles vraiment plus écologiques ?

L’élevage du bétail et des volailles a un impact considérable sur l’environnement. D’une part, il contribue fortement à la déforestation, car pour assouvir notre consommation effrénée de viande, les terres boisées sont soit transformées en zone de pâturage, soit utilisées pour cultiver des céréales destinées à nourrir les animaux qui seront ensuite consommés. Si l’on ne devait retenir qu’un chiffre, ce serait celui-ci : l’élevage est responsable de 63 % de la déforestation du bassin amazonien !

Par ailleurs, l’épandage des engrais nécessaires aux cultures fourragères, les rejets du fumier, ainsi que les flatulences des ruminants produisent d’importantes émissions de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique. Enfin, l’élevage alimentaire est en partie responsable de la pollution des cours d’eau, car il génère des effluents qui contiennent de grandes quantités de nitrates et de phosphates, mais aussi des antibiotiques et autres substances indésirables.

Les insectes émettent moins de gaz à effet de serre que le bétail ou les volailles, leur élevage nécessite moins de surface, et ils permettent la bioconversion des déchets organiques

En comparaison, l’élevage d’insectes est plus respectueux de l’environnement, et donc plus durable, comme le démontre cette publication récente. Prenons comme exemple le cas du vers de farine jaune. Il s’avère que la surface nécessaire pour produire 1 kg de cet insecte comestible est 2 à 3 fois moins importante que celle nécessaire pour produire 1 kg de poulet, et 8 à 14 fois inférieure à celle requise pour 1 kg de bœuf. Les émissions de gaz à effet de serre sont également plus faibles. En effet, l’élevage des poulets émet jusqu’à 2,7 fois plus d’équivalents CO2 de plus que celui des vers de farine, et dans le cas des bovins, c’est 6 à 13 fois plus d’équivalents CO2 ! Les insectes peuvent même être nourris avec des déchets organiques (comme les déjections animales) et ils peuvent donc aider à réduire la contamination de l’environnement.

Pour ces raisons, certaines marques, à l’instar de Tomojo ou Reglo, prétendent contribuer à préserver l’environnement grâce à leurs croquettes aux insectes. Seulement voilà, dans le cas de la fabrication de croquettes pour chien, ce raisonnement est fortement biaisé.

Tout d’abord, s’il est vrai qu’il est possible d’élever des insectes sur des déjections animales, en pratique cela ne se fait pas pour des raisons sanitaires évidentes. D’ailleurs, la réglementation européenne impose que les insectes soient nourris uniquement avec des matières végétales.

En réalité, l’industrie du Petfood ne produit pas de viande, mais utilise des sous-produits animaux non destinés à la consommation humaine

Mais c’est surtout l’hypothèse de départ, qui consiste à comparer l’élevage d’insectes avec l’élevage de bétail ou de volailles, qui est inexacte. Aucun animal n’est élevé puis abattu dans le but de servir d’ingrédient pour la fabrication d’aliments pour chien. En réalité, aussi bien les pâtées que les croquettes pour chien utilisent des sous-produits animaux, c’est-à-dire des déchets d’abattoirs qui ne sont pas consommés par les humains. Parmi ces sous-produits, on retrouve des morceaux de viande qui ne sont pas commercialisables en raison de leur taille ou leur aspect, des abats, des os, ou encore des bouts de chair récupérés mécaniquement sur les carcasses.

Pour expliquer les choses autrement : si un être humain mange des insectes à la place d’un blanc de poulet, son impact environnemental sera considérablement réduit. Mais lorsqu’un chien mange des croquettes au poulet, il ne mange pas du blanc de poulet. Il mange en fait des croquettes fabriquées avec tous les morceaux comestibles qu’on a pas voulu manger sur le poulet, le plus souvent pour des raisons culturelles (cou, foie, coeur, etc). C’est de la valorisation de déchets, c’est pourquoi l’empreinte carbone sera très faible, et même plus faible que celle de l’élevage d’insectes.

Pour préserver l’environnement, il est préférable d’utiliser des sous-produits animaux plutôt que d’élever des insectes

En effet, un sous-produit animal, c’est 1 à 2 kg d’équivalents CO2 par kg de protéines, tandis qu’avec les insectes, on se situe entre 3 et 19 kg d’équivalents CO2 par kg, en fonction du mode de production (l’impact environnemental est par exemple beaucoup plus élevé pour les larves d’insectes produites en Chine, puisque 80 % de l’électricité nécessaire – pour entre autres chauffer les larves – est faite avec du charbon). Les croquettes aux insectes ne sont donc pas plus respectueuses de la planète que les croquettes traditionnelles. Ceux qui affirment le contraire font du greenwashing !

Manger des insectes, est-ce bon pour les chiens ?

En occident, l’entomophagie est une pratique qui nous inspire du dégoût. Pourtant, les insectes sont des sources de protéines tout aussi intéressantes que le poulet ou le poisson, et ils sont même considérés comme des friandises voire des mets raffinés dans de nombreux pays tropicaux, mais aussi en Chine et au Mexique. Les criquets frits, notamment, sont un snack particulièrement apprécié des Thaïlandais, et on en trouve un peu partout sur les marchés.

Les thaïlandais ont une appétence pour les insectes
Des insectes frits vendus sur un étal du marché de Bangkok.

Les chiens, quant à eux, ne sont pas rebutés le moins du monde par les insectes. Et il n’est d’ailleurs pas rare de voir nos fidèles compagnons gober des mouches en plein vol lorsqu’elles passent à proximité de leur gueule. Mais est-ce que manger des croquettes aux insectes peut leur permettre d’avoir une alimentation équilibrée ?

Les insectes sont de bonnes sources de protéines, de lipides, de vitamines et de minéraux, mais leur valeur nutritionnelle est très variable d’une espèce à l’autre. Néanmoins, parmi les ~2000 espèces d’insectes comestibles, seulement 3 sont utilisées pour la fabrication de nourriture pour chien. Il s’agit de la mouche soldat noire (Hermetia illucens), du ver de farine jaune (Tenebrio molitor), et du grillon domestique (Acheta domesticus).

Mouche soldat noireVers de farine jauneGrillon domestique
Mouches soldat noires - Aliments pour animaux domestiques Nourriture pour chien insecte Grillon - Alimentation pour chiens
Protéines 41 - 43 % 48 - 57 % 58 - 69 %
Principaux acides aminés
1. Aspartate
2. Glutamate
3. Valine
1. Glutamate
2. Leucine
3. Aspartate
1. Glutamate
2. Leucine
3. Alanine
Lipides 17 - 34 % 32 - 40 % 11 - 23 %
Minéraux 15 - 27 % 5 - 4 % 3 - 8 %
Fibres brutes 4 - 10 % 2 - 5 % 6 - 8 %
Propriétés nutritionnelles des insectes utilisés dans la fabrication d’aliments secs pour chien et chat, d’après Valdés et al. Animals 2022, 12, 1450. Les valeurs varient en fonction du stade métamorphique (larve, nymphe, adulte).

Comme le montre le tableau ci-dessus, chez ces espèces, les protéines représentent entre 41 et 69 % de la matière sèche. A titre de comparaison, pour la viande, ce chiffre se situe entre 40 et 50 %. Ces insectes sont donc très riches en protéines, ce qui en fait une ressource alimentaire de grande valeur.

Les insectes ont des qualités nutritionnelles certaines, mais on manque encore de recul concernant les effets à long terme sur la santé des chiens

On peut noter que le glutamate fait partie des acides aminés prédominants ; il apporte un goût umami qui est généralement appétent pour les chiens. D’ailleurs, les animaux nourris avec les croquettes aux insectes n’ont généralement pas de problème pour accepter ce type de nourriture.

Quant aux éventuels effets sur la santé, les études scientifiques qui s’intéressent à ce sujet sont pour le moment encore peu nombreuses. Néanmoins, il apparaît que la digestibilité de la nourriture sèche aux insectes est généralement supérieure à 80%, un niveau similaire à celui des croquettes pour chiens conventionnelles. Ainsi, l’utilisation d’insectes ne perturbe pas le fonctionnement intestinal et donne lieu à des selles de consistance normale.

Si ces résultats sont encourageants, des études complémentaires sont nécessaires pour évaluer les effets à long terme d’un régime alimentaire à base d’insectes sur la santé de nos animaux de compagnie. Il pourrait notamment y avoir un problème lié à l’ingestion de manganèse, qui est présent à un taux particulièrement élevé (parfois 30 fois supérieur à la limite minimale recommandée) dans les croquettes fabriquées à partir de larves de mouches soldat noires. Une exposition chronique au manganèse est susceptible d’entraîner des maladies neurodégénératives.

La nourriture pour chien aux insectes est-elle hypoallergénique ?

Avant de se faire recadrer par le Jury de Déontologie Publicitaire, certaines marques vantaient les propriétés hypoallergéniques de leurs aliments pour chiens et chats aux insectes, qui permettraient d’en finir avec les problèmes de peau ou de digestion. Le problème, c’est que pour avancer cela, elles se basaient uniquement sur le fait que leurs recettes ne contiennent pas de poulet, de bœuf ou de poisson, qui peuvent parfois déclencher des allergies ou intolérances alimentaires.

Les croquettes pour chien aux insectes peuvent être intéressantes dans le cadre d’un régime d’éviction, mais elles ne sont pas hypoallergéniques pour autant

Dans ce cas, il est vrai que les croquettes aux insectes pourraient être une alternative intéressante dans le cadre de la mise en place d’un régime d’éviction (c’est-à-dire sans l’allergène identifié).

Mais pour autant, on ne peut pas affirmer qu’il s’agit là d’un bon choix de croquettes pour un bouledogue français par exemple, et que cela permettrait d’éviter les problèmes dermatologiques qui sont fréquents chez cette race de chien. Car toutes les allégations faisant référence à la prévention d’une maladie sont considérées comme des allégations médicales. Elles sont réservées aux seuls aliments vétérinaires, et doivent s’appuyer sur des données scientifiques.

Or à l’heure actuelle, les études menées jusqu’à présent ne permettent pas de justifier du caractère hypoallergénique des insectes. Au contraire, il se pourrait même que certains chiens présentent des allergies à certaines protéines spécifiques des arthropodes.

Reglo, Tomojo, Fungfeed… Notre avis sur les marques de croquettes aux insectes

Qu’elle soit à base d’insectes ou de sous-produits animaux, une croquette pour chien s’évalue de la même manière : en regardant sa composition analytique.

Le taux de protéines doit notamment être élevé : au moins supérieur à 25 %, mais les meilleures croquettes pour chien ont généralement une teneur en protéines aux alentours des 35-40 %. Sur ce critère, il y a des différences notables entre les principales marques de croquettes aux insectes commercialisées en France, à savoir Tomojo, Reglo et Fungfeed.

Tomojo (chien adulte sans céréales)Reglo (chien adulte sans céréales)Fungfeed
Aperçu Alimentation pour chien Tomojo Croquettes sans céréales chiens adultes Reglo Sac de croquettes ultra premium Fungfeed
Insectes Larves de mouches soldat noires Larves de mouches soldat noires Vers de farine jaune
Protéines 28,0 % 25,5 % 35,0 %
Matières grasses 15,0 % 13,5 % 18,0 %
Fibres brutes 7,5 % 8,0 % 6,2 %
Cendres brutes 7,2 % 5,0 % 6,5 %
Phosphore 0,83 % 0,5 % 0,7 %
Glucides 33,3 % 39,0 % 25,3 %
Densité énergétique 3800 kcal/kg 3800 kcal/kg 3725 kcal/kg
RPC 74 67 94

Les croquettes Fungfeed contiennent 35% de protéines, un taux similaire à ce que l’on retrouve chez les produits de marque de qualité Premium (comme Virbac ou la gamme vétérinaire de Royal Canin). Pour Tomojo et surtout Reglo, on se situe par contre bien en-deçà, même si dans ces 2 cas, la teneur en protéines atteint tout de même le niveau minimum recommandé.

Par ailleurs, le pourcentage de protéines doit être nuancé en fonction de la quantité de nourriture ingérée par l’animal. En effet, chaque chien est différent. Un Cocker va par exemple manger beaucoup moins de croquettes qu’un Golden retriever. Il est donc important de s’assurer que la quantité de protéines apportée par sa ration réduite soit tout de même suffisante pour couvrir ses besoins spécifiques.

Pour cela, il faut s’intéresser au rapport protidocalorique (RPC), qui prend en compte à la fois le taux de protéines et l’énergie contenue dans l’aliment (et donc la dose de croquettes donnée au chien). Le tableau suivant indique les valeurs minimales requises pour le RPC pour chaque profil de chien :

RPC minimum pour un chien entierRPC minimum pour un chien stérilisé ou sédentaireRPC minimum chien stérilisé et sédentaire
Poids < 10 kg 55 69 86
Poids entre 10 et 25 kg 60 75 94
Poids > 25 kg 65 81 102

Lorsque le RPC d’une croquette est inférieur au RPC minimum recommandé, il y a un risque que l’animal souffre de carences. Comme vous pouvez le voir, avec un RPC de 67, les croquettes Reglo ne conviennent qu’aux chiens actifs non stérilisés. Avec un RPC de 74, les croquettes Tomojo peuvent également convenir aux chiens stérilisés ou sédentaires, à condition qu’il s’agisse d’une petite race (< 10 kg). Enfin, avec un RPC de 94, les croquettes Fungfeed sont adaptées à presque toutes les races de chiens et tous les états physiologiques. Seuls les chiens de grande taille (> 25 kg), stérilisés, et sédentaires ont besoin de manger des croquettes ayant un RPC plus élevé.

Ceci dit, pour les chiens stérilisés et/ou sédentaires, il est tout de même préférable de prendre en compte la densité énergétique des croquettes. Si celles-ci sont trop caloriques, les portions risquent d’être trop petites pour suffisamment rassasier l’animal.

Les vétérinaires nutritionnistes conseillent des croquettes avec une densité énergétique de moins de 3600 kcal/kg pour un chien stérilisé ou sédentaire, et moins de 3400 kcal/kg pour un animal à la fois stérilisé et sédentaire. Les croquettes aux insectes proposées par Reglo, Tomojo et Fungfeed ont une densité énergétique plus élevée (~3800 kcal/kg), ce qui fait qu’elles devraient plutôt être réservées aux chiens entiers qui font beaucoup d’activité physique.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur la composition de ces croquettes aux insectes (notamment sur le taux de glucides, le choix du type d’insectes, ou la présence de protéines animales conventionnelles dans les croquettes Tomojo si l’on en croit la liste des ingrédients), mais cet article est déjà très dense ! Nous nous contenterons donc de conclure en disant que les croquettes Réglo et Tomojo sont globalement de qualité satisfaisante (il y a mieux, mais on trouve bien pire dans les rayons des grandes surfaces), tandis que celles proposées par la marque Fungfeed sortent clairement du lot et n’ont pas à rougir face aux meilleures références du marché. Elles constituent même un excellent choix dans le cadre d’un régime d’éviction des protéines animales conventionnelles. Néanmoins, toutes ces croquettes restent selon nous réservées aux chiens qui n’ont pas de facteurs de risques pouvant favoriser le surpoids (stérilisation ou sédentarité).

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